Après avoir dévoré le premier jeu, me voici désormais arrivé dans un quartier de Hong-Kong. Alors que je parcours les rues, je m’étonne de ne pas arriver au bout. Tout comme dans le premier opus, le temps avance en permanence, indépendamment de mes actions. Ainsi, il me faudra plusieurs jours avant d’arpenter en entier tout ce qui m’est offert – et une bonne grosse semaine avant de m’y repérer convenablement.

Ce qui fait la force de Shenmue, c’est sa grandeur et son réalisme intelligent. Les actions possibles dans le jeu seront toujours utiles à un moment de l’histoire, et pas ponctuelles. Par exemple, s’il est possible d’ouvrir un tiroir pour une énigme à un moment précis, soyez assuré qu’il est possible d’ouvrir tous les tiroirs du jeu. Ayant besoin d’argent, comme dans tous jeux vidéo, vous devrez travailler. Ici, nulle question de gagner miraculeusement de l’argent, non : il va falloir déplacer des caisses à la force de ses bras, et mériter son salaire.

Ce gameplay avant-gardiste, dont bon nombre de jeux devraient continuer à s’inspirer, est mis en valeur par un univers vivant, qui n’est pas là pour le joueur. Bon nombre d’open-world modernes font figure de Disneyland, où tout est agencé pour plaire au joueur et par soucis de game design. Mais dans Shenmue, les personnages vivent leur vie, ont leurs habitudes et font ce qu’ils veulent. L’histoire et le gameplay s’intègrent parfaitement bien dans ce postulat, faisant de Shenmue 2 l’un des jeux les plus réalistes qui soit malgré les 17 bougies qu’il souffle cette année.

Loin d’être satisfait de son environnement, Shenmue 2 nous fera voyager, nous emmenant même dans des montagnes reculées de Chine, lors d’un épilogue narratif envoutant.

Car, il faut bien le dire, le point où le jeu pêche le plus est bien la narration. Non pas que le rythme entre gameplay et narration soit raté (c’est une totale réussite), non pas que l’histoire ne soit pas intéressante (elle l’est beaucoup), mais dans un univers si riche, nos interactions restent limitées. S’il est bien possible de discuter avec tous les gens que l’on croise dans le jeu, et si les interactions ont été améliorées depuis le premier opus, on aimerait pouvoir discuter profondément avec plus de monde. Bien sûr, comme dans la vraie vie, de nombreuses personnes refuseraient d’être abordées, mais ce serait intéressant d’en savoir plus sur les habitants.

Mais est-ce vraiment une critique recevable pour un jeu d’une telle ampleur pour son époque ? Shenmue 2 reste une production magistrale, qui essaye des choses et les réalise avec brio. Shenmue dans sa globalité est une œuvre magistrale, sublimé par cette suite, à l’histoire malheureusement inachevée. Rendez-vous à l’été 2019 pour voir ce que le troisième opus vaudra. En attendant, Shenmue 2 restera le plus grand jeu du 21ème siècle.